Radio-Canada se dote de sa propre police de caractères

03.09.2017

La police de caractères de Radio-Canada est née ! Cinq questions à ce sujet à Julie Désilets, directrice, stratégie, design et expérience utilisateur, du service des Médias numériques de Radio-Canada.

> Pourquoi avoir créé une police de caractères unique à Radio-Canada ?

Une police de caractères, c’est avant tout une identité. La culture typographique vient de la presse écrite. Différentes typographies ont été utilisées depuis des années pour personnaliser les médias et les différencier les uns des autres. J’ai toujours voulu recréer cette distinction sur le Web, parce qu’on a tendance à oublier que, outre la vidéo et l’audio, on y consomme aussi de l’écrit en grande quantité, tous écrans confondus. J’étais donc à la recherche d’une police de caractères très lisible, distinctive et unique à Radio-Canada.

> Comment avez-vous créé la nouvelle police de caractères de Radio-Canada ?

Il faut savoir que le coût d’une police de caractères web est établi en fonction de l’achalandage sur les pages où on l’utilise. Les grands médias, qui publient une quantité importante de pages, se permettent rarement d’acheter une police de caractères étant donné le coût prohibitif que cela entraînerait. Ils utilisent plutôt des polices de caractères gratuites, comme celles de Google, ou créent leur propre police de caractères, comme l’ont fait The Guardian, CNN et, récemment, la BBC. Comme Radio-Canada.ca génère beaucoup de visites, et que nous voulions nous distinguer des autres médias, l’idée d’investir dans la création de notre propre police est venue naturellement.

Fonte Radio-Canada

La police de caractères imaginée pour Radio-Canada par le designer montréalais Charles Daoud (document Radio-Canada).


> Comment trouve-t-on un typographe de nos jours ?

On effectue des recherches, entre autres sur le Web. Nous voulions un typographe francophone, car la langue française est différente de l’anglais sur le plan typographique. Il devait être à l’aise avec les particularités du français, telles que les accents et les ligatures (œ, æ, etc.). Souvent, c’est un aspect qui est négligé dans la création d’une police de caractères. Nous souhaitions également encourager le talent canadien et québécois. Charles Daoud a remporté le concours. Il est un designer montréalais, qui travaille avec la fonderie Coppers & Brasses et leurs typographes Alexandre Saumier Demers et Étienne Bonn Aubert. Ils ont ensemble créé notre police de caractères en tenant compte de nos besoins.

> Qu’est-ce qui vous rend le plus fière par rapport à la police de caractères de Radio-Canada ?

Ce que j’aime, c’est qu’elle est propre à nous et qu’elle a des attributs distinctifs, notamment ses empattements sur les « I », les « J » et sa hauteur d’« x », qui lui confère une excellente lisibilité. Cette police se décline en différentes versions. Il est donc possible de l’utiliser en italique ou en romain, et de modifier l’épaisseur du trait de la police pour obtenir des caractères légers, normaux, moyens ou gras. Il en existe aussi un format condensé, qui est préférable pour les chiffres, entre autres. Il était important de concevoir une police de caractères multifonctionnelle, que tous utiliseraient, autant sur le web qu’à la télévision ou que pour l’autopromotion. Tous les secteurs de Radio-Canada ont adopté la police et j’en suis très heureuse.

> Quel est l’échéancier de déploiement ?

Chaque secteur de Radio-Canada a son calendrier. La nouvelle police de caractères est déjà utilisée sur les pages web du nouveau site bêta. Elle est utilisée pour explorer les compétences Info ou Sports de Radio-Canada, qui vivent autant sur le Web et qu’à la télévision. Elle est aussi utilisée pour les bandeaux ayant recours à la technologie Vizrt ou les tableaux explicatifs des téléjournaux. Le secteur de la publicité compte également l’utiliser prochainement. On commence à la voir notamment sur les réseaux sociaux. Le déploiement s’effectue progressivement d’un bout à l’autre du pays, et ça fonctionne bien.


Propos recueillis par Dominique Gagné, directrice intelligence d’affaires, Médias numériques de Radio-Canada.