Trois questions à... Laetitia Huberti, directrice de Musiq’3

27.04.2016

Intéresser les plus jeunes à la musique classique n’est pas chose aisée. Jeune (36 ans) directrice de la chaîne classique de la RTBF, Musiq’3, mais aussi responsable de l’offre classique en télévision, Laetitia Huberti le sait mieux que quiconque. En amont de la réunion à Bruxelles de la commission Musique (radio) des MFP (9-10 mai), elle nous explique comment Musiq’3 tente de conquérir les jeunes oreilles.

Il y a des milliers de jeunes qui font de la musique mais comment en faire des auditeurs des radios classiques à l’heure numérique ?

La stratégie de recrutement et de vulgarisation envers les jeunes que nous avons développée est une tactique de terrain, nous estimons qu’il faut commencer par aller à la rencontre des jeunes qui pratiquent la musique ou le chant. Si l’on veut rajeunir notre public, il faut être en contact avec eux, dans leur environnement. Ces jeunes sont là, ils existent mais, aujourd’hui, ils ne viennent plus vers Musiq’3, on peut même se demander s’ils viennent vers le média radio tout court.

A la fin du mois d’avril, nous avons profité de la journée Academix réunissant les 26 académies de musique (équivalent belge des écoles de musique ou des conservatoires municipaux) de Bruxelles, soit près d’un millier de jeunes, pour sortir le grand jeu. Nous avons capté tous les concerts en vidéo et, trois jours plus tard, ils étaient tous disponibles sur notre site. Cela signifie que chaque enfant, chaque jeune présent lors de cette journée, pourra revoir à l’envi sa prestation, celle de ses amis, les montrer à sa famille.

Cela ne sert à rien de dire à ces jeunes «Ecoutez Musiq’3!» mais, en voulant revoir leur concert sur le site, ils entrent dans l’environnement de Musiq’3. C’est gratuit et à la demande sur n’importe quelle plate-forme, c’est donc une expérience bien supérieure à une diffusion à la radio ! Pour amener les jeunes au contenu, on doit s’adapter aux nouveaux supports.

Quelle place le Festival Musiq’3 (1er-3 juillet) occupe-t-il dans cette stratégie vers le jeune public ?

Là encore, l’idée est d’être sur le terrain et de faire la fête à la musique. Il y a évidemment un public averti mais, à côté, il y a un public familial attiré par le côté festif et les nombreux spectacles, ateliers ou animations à destination des plus jeunes.

Enfin, dernier volet de ce rajeunissement, l’arrivée sur l'antenne de nombreux jeunes animateurs dynamiques dépoussiérant l’image du classique…

Ce sont des petites pierres. Inverser la vapeur du vieillissement des chaînes de musique classique est un travail de très longue haleine. Avant, Musiq’3 était un peu le gardien du temple de la musique classique, mais il faut ouvrir les portes de ce temple, faire tomber les barrières psychologiques liées au classique. C’est bien d’aller à la rencontre des jeunes mais il faut ensuite tenir la promesse: si à l’antenne, ils tombent sur un vieux monsieur qui donne des cours de musicologie, ils fuiront. En entendant des jeunes qui donnent un ton convivial, drôle et accessible, ce jeune public va peut-être se dire: «Tiens, c’est sympa, je m’y retrouve.»

Propos recueillis par Jean-François Lauwens (RTBF)

Photo : Jean-Yves Limet.