1917 : la bande-son d'une révolution

Après l'asservissement sous les tsars, la Révolution de 1917 fut un acte de libération et d'espoir, mille fois célébrée de gré ou de force par les artistes. Au soir de sa vie, Maria Stouchova évoque avec son petit-fils Pierre ses souvenirs de la vie musicale soviétique au XXe siècle. Un feuilleton en neuf épisodes écrit par Françoise Nice, interprété par Vincent Delbushaye et réalisé par Marion Guillemette, produit par Musiq’3 (RTBF) dans le cadre des Médias Francophones Publics.

On y croise Prokofiev et Chostakovitch, on y découvre une scène florissante jusqu’au tournant des années 30, lorsque Staline et le Parti communiste cadenassent la création. Soudain, toute musique d’avant-garde est bannie au profit d’une musique et d’un cinéma de propagande. Les artistes sont alors sous la surveillance de la toute-puissante Union des compositeurs.

Et pourtant, par la ruse ou le compromis, par les échanges lors des festivals et quelques fois l'exil, les musiciens soviétiques ont laissé un patrimoine musical incontournable. Une saga puissante, accompagnée de bravos et de sanglots, et transmise à travers les échanges entre Maria et Pierre, un mélomane amateur à la recherche de ses racines russes.


LES 9 ÉPISODES DE LA SÉRIE

1. Un grand vent de liberté, disait ma grand-mère. Jeune bourgeoise de Saint-Pétersbourg, Maria Serguéièvna Stouchova avait eu 18 ans en 1917. A son petit-fils Pierre, elle raconte une jeunesse bercée de poésie et de musique, et son adhésion à la Révolution. Dans sa mémoire, les combats et les souffrances de la guerre civile se sont effacés. Un autre monde est possible, maintenant. Les musiciens qui n’ont pas fui Lénine et les Bolcheviks composent les premiers ballets, symphonies, opéras. Le courant du « Proletkult » veut apporter l’art aux masses prolétariennes. La diversité et la liberté artistique sont de mise.

2. Années 30 : la baguette et la faucille. Avec de longs silences quelquefois, Maria Serguéievna Soutchov raconte la mise au pas des artistes au milieu des années 30, peu avant la Grande Terreur. En exil, l’écrivain Evgueni Zamiatine résume l’ordre institué par l’Union des compositeurs et le canon du « réalisme socialiste » :« L’écrivain n’est plus qu’un petit chien qui doit apprendre à se tenir debout sur ses pattes de derrière s’il veut avoir un morceau du rôti. » Un ordre qui perdurera jusqu’aux années 90.

3. 1936, le retour de Sergueï Prokofiev. Comme Maxime Gorki, Serguei Prokofiev s’est laissé convaincre : il a reçu quantité d’offres de travail pour les années 36 et 37. Et l’assurance qu’il pourrait encore sortir d’URSS. Mais le retour est amer. Plusieurs projets sont écartés, des amis artistes sont persécutés ou éliminés. Et pourtant il composera aussi des œuvres d’allégeance. Six Prix Staline et beaucoup d’obstacles.

4. 1941-1945 : la musique sur tous les fronts. A partir de l’attaque allemande, les musiciens sont largement mis à contribution. Ils participent à la mobilisation patriotique. La 7e symphonie de Dimitri Chostakovitch, dite Symphonie de Leningrad, connait un succès médiatique mondial. Le compositeur est provisoirement réhabilité : il reçoit un Prix Staline. Mais face à l’Union des compositeurs, cette reconnaissance n’est que de courte durée.

5. Dimitri Chostakovitch : « En musique, je ne mens jamais. » Les musicologues se sont souvent penchés sur le « cas » Chostakovitch et ses œuvres à double fond. Fut-il un artiste officiel ou un dissident ? Avec sa grand-mère, Petia a relu les lettres adressées par Dimitri Chostakovitch à son jeune et fidèle ami Isaac Glikman. Il y a des lettres manquantes, pas mal de silences et de litotes. Ce qui se lit au travers de cette correspondance, c’est le long calvaire de la parole contrainte.

6. Cinéma et musique, un drôle de couple. Dimitri Chostakovitch, Sergueï Prokofiev, Alfred Schnittke : trois manières de concilier musique et cinéma, comme travail d’appoint quand la scène vous est interdite, par curiosité, ou comme laboratoire d’une œuvre en gestation. Dans le Moscou des années Gorbatchev, Dimitri donne une leçon de cinéma soviétique à son cousin Petia.

7. Avec ou sans visa, la musique voyage. Aux premières éditions du concours Eugène-Ysaye, en 1937 et 1938 à Bruxelles, David Oïstrakh et Emile Guilels créent la surprise. Leur talent rejaillit sur toute l’URSS. A l’intérieur, le contrôle et la censure ne se relâcheront que partiellement après la mort de Staline. La musique est aussi un terrain de compétition entre l’Est et l’Ouest. Pourtant, des amitiés se nouent, des partitions s’échangent. Malgré la vigilance de l’Union des compositeurs et du KGB, il y a des trous dans le Rideau de fer.

8. Icônes, dissidentes et marginales : la création au féminin. En Russie, la poésie est la mère de tous les arts. Il en fut de même à l’époque soviétique. Anna Akhmatova et Marina Tsvetaïeva en sont les figures de proue. Plusieurs compositeurs leur ont rendu hommage. En musique, irrécupérables et insolentes, quelques interprètes et compositrices ont marqué une scène musicale dominée et balisée par les hommes. Mon oncle Valentin aimait les femmes.

9. L’URSS n’est plus, la musique est là : passeurs et héritiers. Baboussia n’est plus, son petit-fils Petia explore le renouveau de la vie musicale post-soviétique. L’ouverture voulue par Mikhaïl Gorbatchev a bouleversé la vie artistique : échanges, commandes, collaborations entre l’Est et l’Ouest, essor du rock et de la pop. Mais après la « Gorbimania », les musiciens se sont à nouveau retrouvés confrontés au choix : rester ou tenter une nouvelle carrière à l’étranger. Il n’y a plus de monopole d’Etat, partout l’économie de marché triomphe. Quelques artistes tels Kremer, Gergiev, Lubimov, Bashmet… s’appliquent à faire (re)découvrir le patrimoine musical de l’époque soviétique.


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